ANOMOPOETIQUE

Création avec ZUR au Lycée Agricole de Château Gontier

Pour la troisième fois, le Lycée des Métiers de l’Agriculture a invité le Collectif ZUR (Zone Utopiquement Reconstituée) pour mener une expérience artistique sur son site.

Le projet intitulé «  ANIMOPOETIQUE » a proposé un espace et un temps de création commun entre des élèves de la classe de terminale « Technicien Conseil Vente en Animalerie » et ces artistes protéiformes autour de la relation homme/animal.

Le point d’appui de ce projet était donc cet univers connu ou pensé du monde animalier et la relation que les apprenants, et les hommes en général entretiennent avec lui.

Cette question a rapidement été prise en compte par les participants qui ont réalisé six installations.

Dans une première pièce, trois élèves ont présenté une installation vidéo évoquant les menaces que font peser les hommes sur la faune et la flore. Cela prenait tout d’abord l’apparence de maquettes posées sobrement sur des tables, qui s’animaient par des projections vidéo miniatures d’hommes chasseurs intégrées dans celles-ci. Sur d’autres, une lumière et une ventilation transformaient ces maquettes en une animation vivante et inquiétante d’un ours voguant sur un bout de banquise. Une troisième, d’aspect inoffensif au premier abord, semblait s’embraser magiquement par une nouvelle projection vidéo. Le monde miniature se mettait à brûler.

Dans une seconde pièce, les « uns » se présentaient sous forme de visages hybrides. Au mur étaient projetées des superpositions des visages d’élèves et de leur choix d’animal totem. Dans cette même pièce, un homme de Cro-Magnon, peut être encore animal, était mis en mouvement par une projection miniature sur un écran de sable. Le public était sollicité pour participer à cet étrange univers.

Dans la pièce du dessus, et toujours dans le foyer socio-culturel transformé pour l’occasion, il y avait une cage. Le public attendait, puis la cage se levait et s’ouvrait. C’était alors la liberté, mais aussi l’effroi, l’explosion, de joie, de peur… La vie ou la fuite, le calme et parfois la tempête. Le public était émerveillé, médusé, et interloqué.

Dans la pièce suivante, Monsieur Steeve et ses acolytes recevaient le public dans un espace digne du salon de la voyance. L’œuvre d’art ici avait pris la forme d’une action ludique et poétique. On proposait au visiteur de résoudre des énigmes sur les régimes alimentaires animaliers ou d’essayer de reconnaître des élèves cachés sous des trais d’animaux.

Dans une atmosphère plus froide et très épurée, des personnages aux têtes de poissons recevaient le public en leur expliquant leurs recherches. Ils analysaient l’homme et ses rêves, et prenaient des notes sur celui qui avait désormais pris place dans de grands aquariums.

Tout près d’eux, un autre homme courrait dans une roue de hamster, grâce à une projection miniature ici aussi.

Enfin, le spectateur était charmé par l’ambiance tropicale installée dans l’amphithéâtre. Il était invité par un doux bruit de cascade et de magnifiques projections végétales et d’oiseaux sur les parois du grand espace à se relaxer à l’écoute des sons séduisants enregistrés dans l’animalerie du lycée. Mais à un moment donné, le visiteur dans son passage se retrouvait sans y prendre garde dans une cage et faisait face à des oiseaux en liberté.

L’action artistique a engendré une mise à distance, et consciemment ou pas, les élèves ont renversé la cage à oiseaux, vidé les aquariums et pris les traits d’un animal Totem… Derrière l’aspect séduisant des œuvres, se tramaient donc des questions liées à leur future activité professionnelle. Quid du commerce animalier, de l’exploitation animale, de la disparition d’espèces et de la connaissance encore infime du monde animal ? Les questions auront été partagées, évoquées, discutées.

Les expériences concrètes comme celle-ci permettent une découverte marquante et un apprentissage de qualité. Le résultat visible et partagé en fin de résidence des artistes a séduit les spectateurs.

Les témoignages de « plaisir », de « fierté » et de « satisfaction » exprimés par les jeunes ainsi que le niveau atteint à leur examen (la moyenne est de 16/20) sont aussi de précieux indicateurs de cette réussite.

L’ensemble de la collectivité du lycée ainsi que le public extérieur sont venus voir et participer à ces installations.

Cela restera un moment fort, et prolongé grâce à la réalisation d’un documentaire mené conjointement en EIE communication avec cette même classe et leur enseignant d’informatique, ainsi que grâce à la venue du photographe Jef Rabillon dont on peut retrouver les images ici : Animopoetique

« ANIMOPOETIQUE » a reçu le soutien de la DRAC et de la DRAAF Pays de la Loire, de la Région Pays de la Loire, du Ministère de l’Agriculture.

Il a été mené dans le cadre des actions du Réseau Art’ur.

Il a bénéficié du soutien matériel de l’Atelier « Ciné-son » de Château Gontier.

Anthony BERNARD

Enseignant-animateur ESC

anthony.bernard@educagri.fr

artistes intervenants

Collectif ZUR

Une œuvre collective à la Germinière – Le Mans

Amélioration du cadre de vie des apprenants à travers la création d’une œuvre collective.

Les élèves de la classe de terminale professionnelle agro-équipement se sont engagés dans un projet mêlant pratique artistique et nouvelle façon d’habiter l’établissement.

Forts de l’expérience de leurs prédécesseurs ayant travailler sur la thématique de l’architecture scolaire, ils ont réalisé un chantier d’appropriation et d’embellissement de « l’espace café » du lycée. La classe a mené une réflexion conceptuelle sur l’influence des espaces sur le climat scolaire et s’est ensuite saisie d’un lieu trop souvent délaissé.

En collaboration avec le collectif MOJITO FRAISE (Laura VILLEDIEU et Mathilda CONVERSY), street artistes mancelles les élèves ont entamé un réel travail de conception d’espace. Premièrement engagés dans une recherche thématique, la classe a choisi de mettre en valeurs, en s’inspirant du travail des artistes, les filières présentes au lycée.

Réelle ouverture sur la pratique artistique, le travail d’éducation artistique au street-art a permis de dresser un pont entre la ruralité et le territoire urbain local, alors riche de nombreuses œuvre murales (Festival Plein Champ – Le Mans 72)

Ce chantier collaboratif a permis aux élèves d’appréhender différemment le fait d’habiter un lieu, de participer à sa transformation et de s’ouvrir aux arts urbains. L’empowerment des apprenants, en tant que fil rouge du projet, a été développé tant par la méthodologie coopérative que par les projets de valorisation médiatiques menés en autonomie part les élèves (contacts presse, interviews, passages radio…)

Toute la classe était «  fière de participer à cet embellissement. Cette expérience nous a fait découvrir un autre univers et sortir de notre zone de confort ​ ».

Ce projet, mené en lien avec le réseau art’ur, a reçu le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles.

Guilhaume CHEVALIER,

Enseignant -animateur ESC, LEGTA Le Mans

guilhaume.chevalier@educagri.fr

+ Infos

Collectif Mojito Fraise

Festival Plein-Champ– Le Mans

« Pleurer la terre »

Un projet mené avec la classe de terminale Bac Professionnel Technicien Conseil Vente Qualité en Produits Alimentaires

La dimension artistique – Mise en scène d’une catastrophe naturelle.

Comment interpeler les jeunes sur la question de l’environnement ?

Comment interpréter cette forêt qui brule, le manque d’eau, nos déchets ?

Une exposition s’invite au lycée : Dessine-moi l’écologie – Cartooning for peace.

Les élèves ont observé les différents panneaux de l’exposition. L’objectif était de les sensibiliser aux grands problèmes de société par le biais d’observation de différents dessins de presse.

Ils se sont interrogés sur le terme écologie, sa définition et ont évoqué le mouvement en faveur de la protection de la planète. Puis, ils se sont questionnés sur notre rôle.

« Si chaque être humain fait une chose, si petite soit-elle, ce sera toujours mieux que de ne rien faire. »

La rencontre avec la terre ; l’argile naturelle.

  • Première rencontre : Définir le contenu et la forme de la performance.

L’enseignante d’ESC a proposé aux élèves une activité en deux temps ; découverte de la terre et une création. Ce projet doit aboutir à la création d’un objet personnel. Chaque jeune a créé une Terre, ainsi qu’un oiseau.

La matière première : l’argile naturelle. L’argile est pétrie, modelée. La poignée d’argile se transforme puis, lentement elle prend la forme désirée par l’élève. Je répétais que cette technique autorise l’erreur. Le «ratage» n’existe pas, on refait une boule et on recommence. À tout moment, nous pouvons enlever ou bien rajouter de la matière, dans l’objectif d’améliorer notre objet.

Elodie : « J’étais très impliquée dans ce projet car cela m’a beaucoup plu de manipuler l’argile et d’avoir des conseils de quelqu’un, cela a développé notre imagination ». Manon : « J’ai aimé travailler la terre, faire une Terre et un oiseau bizarre ! »

  • Le musée de Malicorne

Découverte du Musée de la faïence et de la céramique de Malicorne. Les jeunes ont participé à une visite guidée du musée.

Puis, ils se sont dirigés vers l’atelier. Lors de cet atelier, ils ont fabriqué des animaux avec la médiatrice, qu’ils positionneront dans un milieu « naturel ».

  • Le temps fort : l’intervention de Pascal Drouard.

Après un travail en classe sur l’histoire de la photographie, les différentes techniques, les élèves ont rencontré l’artiste Pascal Drouard. Il nous a présenté son travail, ses projets artistiques. Ensuite, il nous a présenté le travail de différents artistes (Vincent Bousserez, Patrick Tosani, Lorenzo Vitturi et Sarah Ritter), en rapport avec nos futures créations.

La pratique : une initiation technique.

L’objectif était la prise de vue technique (macro, ras du sol, plongée, contre-plongée). Les photographies produites ont ensuite fait l’objet d’une relecture par Pascal Drouard. Cette initiation esthétique à la lecture d’image aide les élèves à développer leur esprit d’analyse en leur donnant des clés de lecture de leur propre production.

Puis le questionnement : comment sensibiliser, par l’image, aux problèmes de notre planète ?

1. La création du décor. Comment j’imagine une forêt qui brule ? Comment représenter la fonte des glaces, le manque d’eau, le problème des déchets ?

– Les jeunes ont commencé à imaginer, à dessiner leur projet.

  • Angélina : « J’ai mis un fond gris en peinture, ma planète sur une écorce brulée. Il manquait quelque chose, on a rajouté de la fumée, et un oiseau sur la Terre, pour montrer que lui et la couche d’ozone aussi prenaient feu »

2. Les prises de vues : les élèves ont travaillé à partir de différents angles, de la lumière, … Les photographies produites ont fait l’objet d’une relecture par Pascal Drouard.

3. Choisir, se décider entre une ou plusieurs photographies. Cette étape est compliquée. Pascal Drouard les a aidés dans cette démarche de lecture et de critique à la lecture de leurs images. Il leur a donné des clés de lecture en lien avec la création artistique proposée.

Un extrait des créations ;

Angélina : « Le hérisson sur le bois brulé montre qu’il est un survivant des flammes et qu’il espère que cela change… »

Morgane : « Je trouve important d’apprendre qu’il faut arrêter de trop polluer et de jeter les déchets n’importe où .;»

Mots des élèves ;

Enzo : « La présence de Pascal était super, il a su nous conseiller et nous encourager, il est très professionnel et on ressent qu’il aime son métier ! »

Sarah : « Nous avons passé un bon moment tous ensemble, on s’entraidait, on avait une bonne cohésion. Et je trouve que cela m’a fait réaliser à quel point la Terre ne va pas bien et qu’il faut faire quelque chose. Je trouve cela bien qu’on ait fait ce projet car nous, les jeunes, je trouve que des fois on se rend pas compte des choses et là j’ai pris conscience des choses ! »

Remerciements

L’ensemble des élèves remercie la DRAC et la DRAAF dans le cadre de la convention « Culture-Agriculture en Région Pays de la Loire », la Région Pays de la Loire et le Ministère de l’Agriculture, ainsi que le réseau d’Actions Culturelles art’ur pour leur soutien.

Plus d’infos,

Laetitia Bois, Enseignante ESC, LPA André Provots, Brette-les-Pins

laetitia.bois@educagri.fr

Mr Pascal Drouard, artiste photographe, Allonnes

pascal.photo@wanadoo.fr

ABBAYE VS PISANI

Les terminales SAPAT du lycée Edgard Pisani, ont réalisé un projet de mise en valeur du patrimoine ligérien entre février et avril 2023 dans le cadre de l’AEL (action éducative ligérienne) « Histoire d’ici », en partenariat avec Fontevraud Centre Culturel de l’Ouest et accompagnés de l’artiste nantais Quentin Masse.

Qu’est-ce que le patrimoine ? Ou plutôt les patrimoines ? Notion souvent poreuse à l’image des territoires qu’ils habitent. Sommes-nous, nous-même, éléments constitutifs des patrimoines par nos actions, la tradition et les lieux où nous vivons ? Ce sont quelques questions auxquelles 30 élèves ont tenté de donner une réponse graphique.

Comme point de départ de cette pérégrination patrimoniale, l’Abbaye de Fontevraud : joyaux de l’Anjou depuis le XIIème siècle, lieu multiculturel par excellence par son histoire et ses fonctions actuelles. Durant une matinée lors d’une visite guidée, axée sur le bâtiment et ses fonctions, nos jeunes chercheurs ont mis en exergue les traditions et les habitudes qui en découlaient pour les différents utilisateurs de l’abbaye au cours des siècles.

Un deuxième temps, toujours à l’abbaye, dédié au 1er atelier avec Quentin Masse (artiste dessinateur-illustrateur) a permis à l’ensemble de la classe de mettre à l’écrit toutes les données recueillies (sous forme de carte mentale). Leur réflexion a été également orientée sur leur lieu de vie (le lycée), les « traditions », obligations et droits qui en dépendent afin de créer des parallèles, des ressemblances ainsi que des différences.

La forme finale proposée fut contrainte, une frise pictographique avec un code couleur restreint à 3 teintes : le vert (la nature), le mauve (la viticulture), et le noir. Plusieurs avantages aussi bien pratiques que culturels avec ce support : rappel des frises narratives médiévales présentes entre autre, sur les églises, facilité de réalisation (les pictogrammes ne sont pas des dessins détaillés), ainsi qu’une compréhension aisée par tous ou presque (encore un parallèle avec le Moyen Âge où 80 % de la population ne savait pas lire).

Un second atelier s’est tenu au lycée cette fois-ci, toujours avec Quentin Masse et nos partenaires de l’abbaye, destiné à finir les différents pictogrammes sur papier dessin blanc et construire la frise en positionnant et en collant ces derniers sur une longue bande papier Kraft selon le sens de lecture choisi. Dans le cas présent, les extrémités représentaient les particularités de chacun des lieux « étudiés » pour se rejoindre en son centre à tout ce qui les relie. D’où le titre « Abbaye versus Pisani », cqfd.

Le travail collaboratif et collectif a porté ses fruits. Une frise monumentale, narrative et esthétique d’environ 4 mètres de long relatant la vie des « habitants » de l’abbaye et du lycée, est née. Après protection avec film plastique autocollant, création du titre (dans la même logique graphique) et d’un cartel explicatif, l’œuvre complète a été installée de manière pérenne dans le hall du lycée.

Un véritable sentiment d’appartenance à un groupe est apparu, lié par des racines communes pas toujours si éloignées de nos habitudes contemporaines. N’est-ce pas là une des valeurs véhiculée par le patrimoine ?

Ce projet, mené en lien avec le réseau art’ur a reçu le soutien de la région Pays de la Loire.

+ Infos :

Waszak Ludovic

enseignant-animateur ESC

Lycée agricole E.Pisani – Montreuil Bellay

ludovic.waszak@educagri.fr

Artiste: Quentin Masse

Soyez sympas, suédez !

Voici le retour du suédage à Bel Air ! Mais qu’est-ce que le suédage ? Lorsque Jerry, dans Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry, 2008), efface accidentellement toutes les cassettes du vidéo-club dans lequel Mike travaille, les deux hommes décident de bricoler des remakes des films disparus pour les remplacer. Afin de faire face à la demande des clients, qui apprécient grandement leurs remakes tout en ignorant tout de leurs origines, les deux amis prétendent que ceux-ci proviennent de Suède (c’est pour cela qu’ils sont plus chers et qu’il faut attendre) et sollicitent l’aide des habitants de leur quartier afin de « suéder » toujours plus de films (ce qui crée du lien social).

Le suédage est devenu depuis ce film une pratique reconnue dans le milieu audiovisuel, promue par de nombreux concours à travers le monde, et c’est ainsi une culture particulière du cinéma (tout le monde peut faire des films + le cinéma peut rassembler les personnes), qu’il me semble pertinent de faire découvrir aux jeunes.

Les TSAPAT ont donc été amenés à choisir un film culte et à le suéder, c’est-à-dire à en réaliser le remake « bricolé ». C’est en outre une année entière d’aventures cinématographiques, avec la participation au dispositif « Lycéens et Apprentis au Cinéma » et la découverte de trois films en salle.

Les objectifs sont ainsi multiples et tous en accord avec le référentiel du projet artistique MG1 et du CCF3 de l’E1 (C1.3 – Utiliser des techniques et des références littéraires, culturelles ou artistiques pour s’exprimer) : éduquer son regard / ses oreilles, analyser un film, réfléchir à ce qu’est le cinéma, développer sa créativité, travailler avec un artiste professionnel, découvrir les langages, techniques et outils propres au cinéma et être capable de les utiliser dans la réalisation du film, promouvoir et évaluer le film, présenter son travail à ses pairs, développer son estime de soi, sa capacité à faire et la coopération dans le groupe.

SEPTEMBRE : enjeux du suédage + choix du film à suéder + vocabulaire technique

C’est en fait plutôt en juin 2022 que démarre le projet, tant les deux précédentes éditions ont marqué les jeunes alors qu’ils furent, en seconde puis en première, les spectateurs stupéfiés du travail de leurs ainés. Pour eux, il est hors de question de ne pas suéder : c’est leur tour !

En guise de démarrage, nous avons questionné tout d’abord les enjeux du suédage et la notion de film culte, et analysé les travaux des promotions précédentes. A eux maintenant de choisir LE film que nous suèderons, par des débats puis des votes : c’est La Boum (Claude Pinoteau 1980) qui l’emporte. 

Nous nous sommes ensuite accordés sur du vocabulaire, qui nous a servi tant pour la fabrication du film que pour l’épreuve d’analyse d’œuvre : image, photogramme, cadre, champ, hors champ, composition (profondeur de champ, lignes de fuite, règle des tiers,…), angle de prise de vue, plan (prise, rush,…), échelle des plans, mouvements de caméra, son (éléments, source, effets,…), séquence, média, support, procédé, rapport à la réalité, métrage, intention artistique, processus créatif, message, éducation à l’image, enjeux dans la société,…

OCTOBRE : étapes de la fabrication d’un film + répartition des rôles et des postes

Nous avons retracé les différentes étapes de la fabrication d’un film (écriture, développement, préparation, tournage, postproduction, exploitation), en en précisant les sous-étapes et les enjeux.

Nous avons enfin clarifié un point que tous souhaitaient voir éclairci depuis longtemps : qui va jouer dans notre suédage ? Certains jeunes étaient déjà très fortement fixés sur un personnage, alors que d’autres étaient soit indécis, soit réticents, et se sont positionnés plus tardivement.

Nous avons ensuite évoqué l’équipe technique : les métiers, les postes et les équipes qui s’affairent sur un plateau. Nous avons ainsi pu déterminer qui dans notre suédage se placerait : à la production, à la réalisation, à la régie, aux décors, aux accessoires, aux costumes, au maquillage/coiffure, au son, à la lumière ou à la machinerie. Chacun s’est positionné sur une mission principale et une mission secondaire en fonction de ses centres d’intérêt.

NOVEMBRE : découpage technique + dépouillement

Les jeunes ont ensuite réalisé les découpages techniques des séquences à suéder, afin d’identifier précisément et techniquement ce que nous avions à tourner. Les découpages techniques découpent les séquences en plans et indiquent leur durée, leur décor, leur action (image + son), leur échelle, leur angle et leur mouvement.

A partir de ces découpages techniques, ils ont fait les dépouillements en listant tous nos besoins (accessoires, costumes, maquillages) pour le tournage afin de les anticiper. Tous ces travaux et les suivants ont été évalués dans le cadre de l’épreuve pratique du CCF sur 10 points (« compétences liées à la conception et la réalisation de productions artistiques réalisées collectivement »).

JANVIER : préparation du tournage en équipes

Parallèlement à leur projet, ils ont pu assister le 6 janvier à la première des trois séances du dispositif « Lycéens et Apprentis au Cinéma » avec The Host (Bong Joon Ho 2006), film qui s’avèrera être le favori d’une majorité d’entre eux, pour son monstre, son suspens et son discours écologique.

La préparation du tournage a ensuite véritablement débuté. Travaillant en équipe, les jeunes devaient répondre aux exigences de leurs postes : lister, dénicher et/ou fabriquer et/ou réunir les nombreux décors, costumes et accessoires, faire les courses (il y a toujours à manger sur un tournage !), apprendre son texte,…

FEVRIER : feuilles de service + répétitions

Autour de leur deuxième séance au Renaissance le 9 février avec The Fits (Anna Rose Holmer – 2017), dont certains ont malgré tout apprécié l’aspect étrange et le traitement de l’adolescence, ils ont enfin conçu les feuilles de service des deux journées, dans lesquelles ils ont détaillé l’ordre des plans à tourner en fonction des décors, découvrant qu’on ne tourne que très rarement dans l’ordre, et listé ce que chacun devait faire ou apporter le jour J.

La plupart des jeunes ont compris rapidement l’intérêt de cette préparation fastidieuse et exigeante. C’est à cette période que certains d’entre eux ont commencé à s’investir davantage en dehors du temps de cours, soit pour poster des messages de rappel sur le groupe classe, soit pour me courir après dans tout le lycée avec une question cruciale,… Ce projet qui était le mien est devenu progressivement le leur.

Dernière ligne droite ! J’ai réuni pour eux tous nos documents de travail dans une bouclette, avec une page supplémentaire pour prendre des notes au cours de ces deux jours mouvementés desquels ils devront rendre compte lors de leur oral.

Nous avons également pu caler quelques moments de répétitions pour les scènes les plus complexes, comprenant de longs dialogues ou une mise en scène périlleuse, car c’était bien là que se situaient les enjeux spécifiques de ce suédage. Pour les comédiens, ce fut l’occasion de se projeter concrètement et de déjà s’exposer devant les autres, pour lesquels le travail commun prenait magiquement forme sous leurs yeux…

L’échéance approchant, ils ont alors tous réalisé à quel point nous disposions de peu de temps pour tout tourner et à quel point l’accomplissement du projet dépendait de la qualité de la préparation de chacun d’entre eux. Chacun devait faire ce qu’il avait à faire, au risque de mettre en péril l’entièreté du projet pour tout le monde. Leur projet reposait véritablement sur leurs épaules.

MARS : tournage + préparation oraux de CCF

Les jeudi 2 et vendredi 3 mars, nous avons pu réaliser les prises de vue et de son avec Rémy Ratynska (Association Kinozoom), et comme en témoigne le résultat, leur investissement a été incroyable. Ce tournage était un “mini vrai tournage”, avec deux encadrants d’une grande exigence tant sur leur investissement que sur l’aboutissement, et la plupart des jeunes ont joué le rôle artistique ou technique dont ils avaient la charge avec beaucoup de créativité et de sérieux.

Nous avons dû jongler avec des difficultés imprévues, et faire ensemble des choix de dernière minute, comme dans tout tournage. C’est ainsi autour de cette confrontation au réel que certains jeunes se sont sentis particulièrement à l’aise. Des jeunes, parmi lesquels je savais pouvoir compter, se sont surpassés quand d’autres, plus réservés ou déconcentrés en classe, ont subitement endossé de grandes responsabilités.

Le 6 mars, ils sont allés pour la troisième fois au Renaissance pour découvrir Certains l’aiment chaud (Billy Wilder – 1959), son humour et ses questions sur le genre, et nous nous sommes attelés à la préparation de l’épreuve orale du CCF sur 10 points (« connaissances acquises dans le domaine artistique support de la réalisation » : une partie « critique de film » (sur les films justement vus dans le cadre de « Lycéens et Apprentis au Cinéma ») et une partie « analyse du projet »).

AVRIL : concours d’affiches + oraux de CCF

Les jeunes ont ensuite participé à un concours d’affiches et les gagnants ont eu l’honneur de voir leur proposition défiler sur les écrans du lycée. 

Les 11 et 14 avril, se sont déroulés les oraux de CCF, et voici à cette occasion quelques retours des jeunes à propos du projet :

• « Ça donne confiance en soi ».

• « On prouve qu’on est capable malgré les problèmes dans la classe ».

• « On sait rebondir et atteindre nos objectifs malgré les difficultés ».

• « Je me sens plus à l’aise avec les gens de ma classe. On peut découvrir les autres dans un autre contexte. Ça fait de l’entraide et de la cohésion, grandir et évoluer ensemble ».

• « On peut concurrencer ceux de l’année dernière, montrer aux autres ce dont on est capables et donner l’idée à d’autres lycéens de faire comme nous. On devrait toujours faire ça en terminale ».

• « Ça fait bouger le lycée et ça lui donne de l’image ».

• « Je comprends pourquoi c’est si long d’avoir la suite de ma série ».

• « Cela me donne envie de faire comme vous mais avec des enfants ».

MAI : projection !

Le 5 mai enfin, les jeunes ont présenté leur film à l’amphithéâtre du lycée à l’ensemble de la communauté éducative. Ils se souviendront longtemps des rires pendant et du tonnerre applaudissements après.