ANOMOPOETIQUE

Création avec ZUR au Lycée Agricole de Château Gontier

Pour la troisième fois, le Lycée des Métiers de l’Agriculture a invité le Collectif ZUR (Zone Utopiquement Reconstituée) pour mener une expérience artistique sur son site.

Le projet intitulé «  ANIMOPOETIQUE » a proposé un espace et un temps de création commun entre des élèves de la classe de terminale « Technicien Conseil Vente en Animalerie » et ces artistes protéiformes autour de la relation homme/animal.

Le point d’appui de ce projet était donc cet univers connu ou pensé du monde animalier et la relation que les apprenants, et les hommes en général entretiennent avec lui.

Cette question a rapidement été prise en compte par les participants qui ont réalisé six installations.

Dans une première pièce, trois élèves ont présenté une installation vidéo évoquant les menaces que font peser les hommes sur la faune et la flore. Cela prenait tout d’abord l’apparence de maquettes posées sobrement sur des tables, qui s’animaient par des projections vidéo miniatures d’hommes chasseurs intégrées dans celles-ci. Sur d’autres, une lumière et une ventilation transformaient ces maquettes en une animation vivante et inquiétante d’un ours voguant sur un bout de banquise. Une troisième, d’aspect inoffensif au premier abord, semblait s’embraser magiquement par une nouvelle projection vidéo. Le monde miniature se mettait à brûler.

Dans une seconde pièce, les « uns » se présentaient sous forme de visages hybrides. Au mur étaient projetées des superpositions des visages d’élèves et de leur choix d’animal totem. Dans cette même pièce, un homme de Cro-Magnon, peut être encore animal, était mis en mouvement par une projection miniature sur un écran de sable. Le public était sollicité pour participer à cet étrange univers.

Dans la pièce du dessus, et toujours dans le foyer socio-culturel transformé pour l’occasion, il y avait une cage. Le public attendait, puis la cage se levait et s’ouvrait. C’était alors la liberté, mais aussi l’effroi, l’explosion, de joie, de peur… La vie ou la fuite, le calme et parfois la tempête. Le public était émerveillé, médusé, et interloqué.

Dans la pièce suivante, Monsieur Steeve et ses acolytes recevaient le public dans un espace digne du salon de la voyance. L’œuvre d’art ici avait pris la forme d’une action ludique et poétique. On proposait au visiteur de résoudre des énigmes sur les régimes alimentaires animaliers ou d’essayer de reconnaître des élèves cachés sous des trais d’animaux.

Dans une atmosphère plus froide et très épurée, des personnages aux têtes de poissons recevaient le public en leur expliquant leurs recherches. Ils analysaient l’homme et ses rêves, et prenaient des notes sur celui qui avait désormais pris place dans de grands aquariums.

Tout près d’eux, un autre homme courrait dans une roue de hamster, grâce à une projection miniature ici aussi.

Enfin, le spectateur était charmé par l’ambiance tropicale installée dans l’amphithéâtre. Il était invité par un doux bruit de cascade et de magnifiques projections végétales et d’oiseaux sur les parois du grand espace à se relaxer à l’écoute des sons séduisants enregistrés dans l’animalerie du lycée. Mais à un moment donné, le visiteur dans son passage se retrouvait sans y prendre garde dans une cage et faisait face à des oiseaux en liberté.

L’action artistique a engendré une mise à distance, et consciemment ou pas, les élèves ont renversé la cage à oiseaux, vidé les aquariums et pris les traits d’un animal Totem… Derrière l’aspect séduisant des œuvres, se tramaient donc des questions liées à leur future activité professionnelle. Quid du commerce animalier, de l’exploitation animale, de la disparition d’espèces et de la connaissance encore infime du monde animal ? Les questions auront été partagées, évoquées, discutées.

Les expériences concrètes comme celle-ci permettent une découverte marquante et un apprentissage de qualité. Le résultat visible et partagé en fin de résidence des artistes a séduit les spectateurs.

Les témoignages de « plaisir », de « fierté » et de « satisfaction » exprimés par les jeunes ainsi que le niveau atteint à leur examen (la moyenne est de 16/20) sont aussi de précieux indicateurs de cette réussite.

L’ensemble de la collectivité du lycée ainsi que le public extérieur sont venus voir et participer à ces installations.

Cela restera un moment fort, et prolongé grâce à la réalisation d’un documentaire mené conjointement en EIE communication avec cette même classe et leur enseignant d’informatique, ainsi que grâce à la venue du photographe Jef Rabillon dont on peut retrouver les images ici : Animopoetique

« ANIMOPOETIQUE » a reçu le soutien de la DRAC et de la DRAAF Pays de la Loire, de la Région Pays de la Loire, du Ministère de l’Agriculture.

Il a été mené dans le cadre des actions du Réseau Art’ur.

Il a bénéficié du soutien matériel de l’Atelier « Ciné-son » de Château Gontier.

Anthony BERNARD

Enseignant-animateur ESC

anthony.bernard@educagri.fr

artistes intervenants

Collectif ZUR

ARBORESCENCE

La rencontre de Fabrice Hyber avec les élèves de CAPA Production horticole 1ère année du lycée Luçon Pétré en Vendée

Dans le cadre d’une convention entre la Fondation Cartier située à Paris et l’artiste plasticien Fabrice Hyber, les élèves de CAPA 1 Production Horticole ont participé à un projet pédagogique d’éducation artistique articulé autour de l’exposition de l’artiste. Cette dernière, intitulée La Vallée, a eu lieu de décembre 2022 à avril 2023 à la Fondation Cartier. L’approche de l’artiste permettait de questionner notre rapport à la nature, en mêlant des questionnements scientifiques, biologiques ou encore botaniques.

Visite des ateliers de l’artiste à Mareuil sur Lay en Vendée et séjour à Paris

Fabrice Hyber étant d’origine vendéenne, il a accueilli les élèves une demi-journée en janvier 2023 dans ses ateliers. Les élèves ont pu également explorer la Vallée, ferme et espace forestier appartenant à l’artiste. Un atelier d’expression plastique a clôturé la sortie.

En février 2023, un séjour à Paris a été organisé par l’équipe pédagogique. Lors de ce séjour, les élèves ont visité le parc de l’école d’horticulture du Breuil faisant, elle aussi, partie du projet avec l’artiste et la Fondation Cartier. Ils ont ensuite suivi une visite commentée de l’exposition de Fabrice Hyber, La Vallée, à la Fondation, ainsi qu’une visite du jardin réalisée par le jardinier. La journée à la Fondation s’est terminée par un atelier plastique sur la thématique de l’hybridation entre l’Homme et le végétal.

Des médiums pluriels pour explorer la relation entre l’Homme et le végétal

Trois séquences en lien avec le travail de l’artiste ont été menées en ESC. Les élèves ont tout d’abord réalisé un autoportrait en s’inspirant des 4 saisons d’Arcimboldo afin d’aborder le thème de l’hybridation. Puis, ils ont réalisé une production plastique à l’aide de végétaux glanés en amont. Pour finir, ils ont conceptualisé puis créé un mini-jardin, en s’inspirant de l’esthétique des jardins à la française, à l’anglaise ou du jardin japonais.

Une sortie pédagogique a été organisée au théâtre le Grand R de La Roche s/Yon. Les élèves ont vu une pièce intitulée Nos jardins – Histoire(s) de France d’Amine Adjina et Emilie Prévosteau. La pièce traitait du jardin ouvrier et potager en accentuant sur l’importance de maintenir des espaces naturels en ville.

Des rencontres humaines, culturelles et artistiques …

Ce projet mené en lien avec le réseau Art’ur a permis aux élèves de CAPA 1 PH de s’engager dans un projet articulé autour d’un questionnement sur les relations entre l’Homme et la nature, plus précisément sur les usages et les interventions de l’artiste, du paysagiste ou encore du jardinier dans le paysage.

Les sorties et le séjour à Paris leur ont permis d’appréhender les codes sociaux attendus dans les lieux culturels et de vivre des moments ensemble. Ces derniers ont été également la possibilité pour les élèves, de se questionner et d’interroger différents interlocuteurs (enseignant.e.s, artiste, jardiniers etc.). Durant chaque sortie, ils ont eu un atelier d’expression personnelle, plus ou moins libre. Ces derniers ont été souvent suivis de moments de communication spécifiques tels que des temps de verbalisation, d’échange ou de présentation où ils ont pu expliciter leurs choix plastiques.

Par ailleurs, une exposition de leurs travaux a été réalisée dans le CDI du lycée Pétré au mois de mai 202. Les élèves de CAPA ont présenté leurs travaux, les sorties et le séjour à Paris à d’autres élèves de l’établissement. Fabrice Hyber, Eugénie Cottet chargée des programmes pédagogiques à la Fondation Cartier étaient également présents.

Plusieurs moments de partage avec Fabrice Hyber ont pu avoir lieu. Ce dernier est d’ailleurs venu voir les élèves dans leur classe. Cela a été l’occasion pour eux d’avoir un temps d’échange privilégié autour de son métier et de sa pratique et de lui faire visiter leur lycée et l’exploitation horticole.

Pour valoriser le projet, nous avons été filmés par la production Lumento durant les différents temps forts qui ont ponctué l’année. Ainsi, un film documentaire devrait sortir en janvier 2024 et sera certainement diffusé sur France 3 Télévision.

Sans doute, d’autres échanges avec l’école du Breuil se poursuivront et les partenariats seront étendus à d’autres filières du lycée telle que la filière Aménagement Paysager.

La Vallée située à Mareuil s/Lay à 20 km du lycée Pétré, nous donnera l’occasion de poursuivre des actions.

Ce qu’en disent les jeunes

J’ai été à Paris pour la première fois !” Laura

Je n’avais jamais dormi à l’hôtel ni fait de bateau-mouche.” Mahé

J’ai aimé voir les œuvres de Fabrice Hyber et connaître les origines des œuvres.” Clément

J’ai bien aimé dessiner et apprendre à faire les bonzaïs.” Melvin

J’ai découvert ce que c’était une grande ville.” Raphaël

J’ai appris à utiliser mon imagination, j’ai aimé les cours, on a bien rigolé.” Leny

J’ai aimé me balader dans les bois et voir le bébé mouton qui venait de naître.” Sullyvan

En savoir +

L’artiste Fabrice Hyber : https://www.hyber.tv/

Partenaires et soutiens financiers

La Fondation Cartier https://www.fondationcartier.com/

L’école du Breuil https://www.ecoledubreuil.fr/

Lumento production https://www.lumento.fr/

Théâtre le Grand R https://www.legrandr.com/

Lycée agricole Luçon Pétré https://lyceepetre.fr/ https://www.facebook.com/lycee.agricole.petre/?locale=fr_FR

+ d’infos

Noémie Leclerc, enseignante d’Éducation Socioculturelle au lycée Luçon Pétré. noemie.leclerc@educagri.fr

Une œuvre collective à la Germinière – Le Mans

Amélioration du cadre de vie des apprenants à travers la création d’une œuvre collective.

Les élèves de la classe de terminale professionnelle agro-équipement se sont engagés dans un projet mêlant pratique artistique et nouvelle façon d’habiter l’établissement.

Forts de l’expérience de leurs prédécesseurs ayant travailler sur la thématique de l’architecture scolaire, ils ont réalisé un chantier d’appropriation et d’embellissement de « l’espace café » du lycée. La classe a mené une réflexion conceptuelle sur l’influence des espaces sur le climat scolaire et s’est ensuite saisie d’un lieu trop souvent délaissé.

En collaboration avec le collectif MOJITO FRAISE (Laura VILLEDIEU et Mathilda CONVERSY), street artistes mancelles les élèves ont entamé un réel travail de conception d’espace. Premièrement engagés dans une recherche thématique, la classe a choisi de mettre en valeurs, en s’inspirant du travail des artistes, les filières présentes au lycée.

Réelle ouverture sur la pratique artistique, le travail d’éducation artistique au street-art a permis de dresser un pont entre la ruralité et le territoire urbain local, alors riche de nombreuses œuvre murales (Festival Plein Champ – Le Mans 72)

Ce chantier collaboratif a permis aux élèves d’appréhender différemment le fait d’habiter un lieu, de participer à sa transformation et de s’ouvrir aux arts urbains. L’empowerment des apprenants, en tant que fil rouge du projet, a été développé tant par la méthodologie coopérative que par les projets de valorisation médiatiques menés en autonomie part les élèves (contacts presse, interviews, passages radio…)

Toute la classe était «  fière de participer à cet embellissement. Cette expérience nous a fait découvrir un autre univers et sortir de notre zone de confort ​ ».

Ce projet, mené en lien avec le réseau art’ur, a reçu le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles.

Guilhaume CHEVALIER,

Enseignant -animateur ESC, LEGTA Le Mans

guilhaume.chevalier@educagri.fr

+ Infos

Collectif Mojito Fraise

Festival Plein-Champ– Le Mans

Désintoxication du langage

Le 16 mai dernier, une quinzaine de membres d’art’ur se sont retrouvés pour une journée de formation autour du langage… Besoin de nous arrêter un instant sur le pouvoir des mots à agir sur notre pensée et sur notre perception du monde. Journée d’échange et de questionnement sur les mots de la « novlangue » dans la société mais aussi dans notre quotidien professionnel d’enseignant…

Déroulé de la formation :

Objectifs : Parce que les manipulations du langage dans nos relations institutionnelles (CAF, Pôle emploi…), politiques (médias, vie politique…) et surtout professionnelles (nouveau management, protocoles, démarche qualité, évaluations, compétences…) modifient notre perception du monde et plus encore la perception de nos métiers et visent à les détruire… Un atelier pour identifier les différentes formes de manipulation, s’exercer à les comprendre et les déconstruire, et imaginer les résistances collectives.

Contenus : Révision des formes de style de la langue de bois : euphémismes (dégâts collatéraux), oxymores (croissance négative), antiphrases (plan de sauvegarde de l’emploi), faux-amis (réforme), anglicismes (coach), sigles (RGPP), technicisateurs (technicien de surface), enjoliveurs (hôtesse de caisse), pléonasmes (démocratie participative), faux-ennemis (charges sociales), etc… Analyse des lieux d’élaboration de ces éléments de langage : les «think-tanks »… Atelier d’écriture de langue de bois : demande de non-projet, dépôt de non-subvention, Ridiculum Vitae, détournements de sigles, traductions, thèmes, on ne dit plus – on dit, fiches de poste en non-langue de bois, etc… Inventaire de résistances et stratégies concrètes de contre-offensive sur le langage.

Ce fut aussi l’occasion de nous arrêter sur les mots de la « novlangue » de la société mais aussi de notre quotidien professionnel d’enseignant… Ainsi on disait « un pauvre » – puis on a dit « une personne précaire » et aujourd’hui on dit « une personne en situation de sobriété subie » .

Du côté de l’enseignement pour remplacer le mot « échec scolaire » on voit apparaitre des formules comme « réussite différée »… Et comment ne pas interroger la place que le mot « projet » a pris sur les 30 dernières années tant dans la société que dans l’enseignement agricole et particulièrement dans l’éducation socio-culturelle.

Cette journée riche en apports nous a rappelé que le langage est un enjeu central et que « nous pensons avec les mots que nous utilisons et non pas que nous créons une pensée et après les mots de celle-ci ».

Thierry Cussonneau

Animateur-Coordonnateur du réseau art’ur

thierry.cussonneau@educagri.fr

+ Infos

L’ardeur – Association d’éducation populaire politique, 102 rue Saint-Jacques – 44200 Nantes – contact@ardeur.net

Animateur de la formation : Thierry Rouquet, membre associé de L’ardeur.

Quelques références:

– Johann Chapoutot, « libres d’obéir » (sur le management et les DRH)
– Claude Hagege, « contre la pensée unique » (la langue états-unienne comme hégémonie)
– Thierry Ribault, « contre la résilience, à Fukushima et ailleurs »
– Julien Prévieux, « lettres de non-motivation » disponible ici en pdf : https://www.previeux.net/pdf/nonmotivation.pdf
– Franck Lepage, « refuser la démarche qualité » : https://www.ardeur.net/2022/02/refuser-la-demarche-qualite-un-imperatif-politique-syndical-et-moral/

Luc Boltansky et Eve Chiapello, le nouvel esprit du capitalisme collection Tel-Gallimard 1999 réédition augmentée 2011

Alain Bihr, la novlangue néolibérale (PDF)