


Le 16 mai dernier, une quinzaine de membres d’art’ur se sont retrouvés pour une journée de formation autour du langage… Besoin de nous arrêter un instant sur le pouvoir des mots à agir sur notre pensée et sur notre perception du monde. Journée d’échange et de questionnement sur les mots de la « novlangue » dans la société mais aussi dans notre quotidien professionnel d’enseignant…
Déroulé de la formation :
Objectifs : Parce que les manipulations du langage dans nos relations institutionnelles (CAF, Pôle emploi…), politiques (médias, vie politique…) et surtout professionnelles (nouveau management, protocoles, démarche qualité, évaluations, compétences…) modifient notre perception du monde et plus encore la perception de nos métiers et visent à les détruire… Un atelier pour identifier les différentes formes de manipulation, s’exercer à les comprendre et les déconstruire, et imaginer les résistances collectives.
Contenus : Révision des formes de style de la langue de bois : euphémismes (dégâts collatéraux), oxymores (croissance négative), antiphrases (plan de sauvegarde de l’emploi), faux-amis (réforme), anglicismes (coach), sigles (RGPP), technicisateurs (technicien de surface), enjoliveurs (hôtesse de caisse), pléonasmes (démocratie participative), faux-ennemis (charges sociales), etc… Analyse des lieux d’élaboration de ces éléments de langage : les «think-tanks »… Atelier d’écriture de langue de bois : demande de non-projet, dépôt de non-subvention, Ridiculum Vitae, détournements de sigles, traductions, thèmes, on ne dit plus – on dit, fiches de poste en non-langue de bois, etc… Inventaire de résistances et stratégies concrètes de contre-offensive sur le langage.
Ce fut aussi l’occasion de nous arrêter sur les mots de la « novlangue » de la société mais aussi de notre quotidien professionnel d’enseignant… Ainsi on disait « un pauvre » – puis on a dit « une personne précaire » et aujourd’hui on dit « une personne en situation de sobriété subie » .
Du côté de l’enseignement pour remplacer le mot « échec scolaire » on voit apparaitre des formules comme « réussite différée »… Et comment ne pas interroger la place que le mot « projet » a pris sur les 30 dernières années tant dans la société que dans l’enseignement agricole et particulièrement dans l’éducation socio-culturelle.
Cette journée riche en apports nous a rappelé que le langage est un enjeu central et que « nous pensons avec les mots que nous utilisons et non pas que nous créons une pensée et après les mots de celle-ci ».
Thierry Cussonneau
Animateur-Coordonnateur du réseau art’ur
thierry.cussonneau@educagri.fr
+ Infos
L’ardeur – Association d’éducation populaire politique, 102 rue Saint-Jacques – 44200 Nantes – contact@ardeur.net
Animateur de la formation : Thierry Rouquet, membre associé de L’ardeur.
Quelques références:
– Johann Chapoutot, « libres d’obéir » (sur le management et les DRH)
– Claude Hagege, « contre la pensée unique » (la langue états-unienne comme hégémonie)
– Thierry Ribault, « contre la résilience, à Fukushima et ailleurs »
– Julien Prévieux, « lettres de non-motivation » disponible ici en pdf : https://www.previeux.net/pdf/nonmotivation.pdf
– Franck Lepage, « refuser la démarche qualité » : https://www.ardeur.net/2022/02/refuser-la-demarche-qualite-un-imperatif-politique-syndical-et-moral/
Luc Boltansky et Eve Chiapello, le nouvel esprit du capitalisme collection Tel-Gallimard 1999 réédition augmentée 2011
Alain Bihr, la novlangue néolibérale (PDF)